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Un écart de 20 % n'est pas une unité de mesure

Le même écart de 20 % vaut 1,7 écart-type sur un actif et 15,7 sur un autre. Mesure sur 45 perpétuels et 28 229 observations : ni le pourcentage ni sa version normalisée ne prédit la direction — et le chiffre spectaculaire qui semblait dire le contraire venait de neuf bougies.

Publié le 18 septembre 2026  ·  Théorie

« Cet actif est trop étiré. » La phrase est partout, et elle est presque toujours dite sans unité. Trop étiré de combien, mesuré comment, et comparé à quoi ?

Les articles précédents ont posé la définition de la tendance, le rôle des moyennes longues comme structure, et montré que le Stochastique RSI déplace l'amplitude d'un mouvement sans changer la probabilité d'avoir raison. L'étirement pose une question voisine mais distincte : quand le prix s'éloigne de sa moyenne, cet écart annonce-t-il quelque chose ?

Un pourcentage n'est pas une unité de mesure

L'écart se mesure spontanément en pourcentage : le prix est 20 % au-dessus de son EMA 200. C'est commode, et c'est trompeur, parce que 20 % ne représente pas le même événement d'un contrat à l'autre.

Sur les 45 contrats mesurés ici, la volatilité journalière médiane va de 1,28 % par jour pour XAUTUSDT à 11,84 % par jour pour AKEUSDT. Rapporté à l'agitation habituelle de chaque actif, le même écart de 20 % vaut donc :

ContratVolatilité médianeCe que vaut un écart de +20 %
AKEUSDT11,84 % / jour1,7 écart-type
FARTCOINUSDT6,79 % / jour2,9 écarts-types
LTCUSDT3,14 % / jour6,4 écarts-types
BTCUSDT2,14 % / jour9,4 écarts-types
XAUTUSDT1,28 % / jour15,7 écarts-types

D'un contrat à l'autre, le même chiffre recouvre des situations dans un rapport de 1 à 9,3. Sur AKEUSDT, 20 % au-dessus de la moyenne est une semaine ordinaire. Sur XAUTUSDT, c'est un événement que l'historique ne contient quasiment pas. Classer les deux dans la même colonne « étiré de 20 % » revient à comparer des mètres et des pieds sans conversion.

La correction est immédiate : diviser l'écart par la volatilité propre de l'actif. On n'obtient plus un pourcentage mais un nombre d'écarts-types journaliers — combien de journées normales de mouvement séparent le prix de sa moyenne. C'est une unité comparable entre contrats. Reste à savoir si elle prédit quoi que ce soit.

Le protocole

Mesure sur les 45 perpétuels Bybit les plus échangés disposant d'un historique suffisant, en bougies journalières : 28 229 observations, environ 627 jours par contrat.

Pour chaque bougie clôturée, trois grandeurs et un résultat :

Quinze contrats parmi les soixante les plus échangés ont été écartés faute d'historique : une EMA 200 exige 200 bougies, la volatilité 30 de plus, et le rendement à 20 jours encore 20. Le sujet mérite son propre article.

Le témoin, d'abord

Aucun chiffre d'étirement ne veut dire quoi que ce soit sans savoir ce que rapporte une bougie quelconque du même échantillon. Ce témoin réserve une surprise :

HorizonRendement moyenRendement médianPart de hausses
5 jours+0,46 %−0,69 %46,3 %
10 jours+1,06 %−1,13 %46,3 %
20 jours+2,68 %−2,56 %43,7 %

La moyenne est franchement positive, la médiane franchement négative, et moins d'une bougie sur deux est suivie d'une hausse. Les deux chiffres décrivent le même échantillon et racontent des histoires opposées. La moyenne est tirée par une minorité de mouvements énormes ; le cas typique, lui, perd.

C'est la propriété centrale de cet univers, et elle rend le rendement moyen dangereux à manipuler seul. Tout ce qui suit s'y mesure.

Ni l'un ni l'autre ne prédit le sens

En classant les 28 229 observations par décile, d'abord sur l'écart brut puis sur l'écart normalisé, l'étendue entre le premier et le dernier décile est de 8,08 points à 20 jours pour l'écart brut, contre 6,67 points pour l'écart normalisé. Le pourcentage, l'unité incomparable, sépare donc mieux que l'unité comparable. L'hypothèse de départ est fausse.

Mais c'est la part de hausses qui tranche réellement la question :

Situation à 20 joursObservationsPart de haussesMédiane
Très étiré sous la moyenne (≤ −50 %)2 25147,4 %−1,26 %
Proche de la moyenne (−10 à +10 %)5 66043,3 %−2,52 %
Très étiré au-dessus (≥ +80 %)72347,3 %−1,99 %
Au-delà de 2 écarts-types23 47344,1 %−2,39 %
Témoin28 22943,7 %−2,56 %

Quatre points d'écart au maximum, et dans un sens qui ne va pas là où on l'attend : les deux extrêmes montent un peu plus souvent que le milieu, et les médianes restent négatives partout. Un actif très étiré au-dessus de sa moyenne ne redescend pas plus souvent qu'un autre. Un actif effondré ne rebondit pas plus souvent non plus.

D'où venait l'écart apparent

Les moyennes, elles, semblaient dire autre chose. Le décile le plus étiré au-dessus affiche +3,88 % à 20 jours contre +2,68 % pour le témoin, et les écarts supérieurs à +80 % montent à +12,52 %. De quoi croire à un signal.

Deux vérifications suffisent à le dissoudre.

La concentration. Ces 723 observations au-delà de +80 % ne viennent que de 21 contrats, et trois d'entre eux en fournissent 39 %. En donnant le même poids à chaque contrat plutôt qu'à chaque bougie, le +12,52 % devient −1,20 %. Le résultat ne changeait pas de taille : il changeait de signe.

Le détail par contrat. Dans le décile le plus étiré au-dessus, 25 contrats sur 40 ont un rendement moyen négatif à 20 jours ; la médiane des contrats est de −3,40 %. La moyenne groupée positive tenait à une poignée d'entre eux.

Le cas le plus net est à l'autre extrémité. Le décile le plus étiré sous la moyenne affichait +75 % à poids égal, chiffre spectaculaire s'il en est. Il provient d'un seul contrat, AKEUSDT, présent neuf fois dans ce décile, avec un rendement moyen de +1 976 % à 20 jours. Neuf bougies d'un seul actif produisaient à elles seules le résultat de l'ensemble.

Il ne s'agit pas d'une donnée aberrante à nettoyer : ce rebond a réellement eu lieu. Il s'agit de ne pas présenter comme une régularité ce qui est un épisode.

Ce que le screener affiche

La colonne d'étirement du screener indique la distance du prix à ses moyennes. À la lumière de ce qui précède, elle se lit comme une mesure de position, pas comme un signal : elle dit où se trouve le prix par rapport aux habitudes de l'actif, pas ce qu'il va faire.

Cette lecture reste utile, pour deux raisons au moins. Elle indique la distance qui sépare le prix du niveau où la moyenne pourrait le soutenir, ce qui concerne le dimensionnement d'une position et le placement d'un arrêt. Et normalisée par la volatilité, elle permet enfin de comparer deux contrats entre eux — ce que le pourcentage brut interdit.

Ce que cette mesure ne dit pas

Elle ne dit rien du délai. Un écart finit généralement par se refermer, mais par quel mécanisme et en combien de temps — le prix qui redescend, ou la moyenne qui monte le rejoindre — est une question distincte, et c'est celle du prochain article. Il réutilisera l'unité normalisée posée ici.

Elle ne dit rien non plus des niveaux horizontaux, ni de ce qui se passe quand une moyenne coïncide avec un ancien plancher. Et elle porte sur les contrats les plus échangés disposant de 250 bougies : les listings récents, majoritaires sur Bybit, en sont absents par construction.

Reste un acquis qui vaut au-delà de ce sujet. Dans cet univers, la moyenne et la médiane d'un même échantillon ne pointent pas dans la même direction. Toute mesure qui ne montre qu'une moyenne est à considérer comme incomplète — y compris, et surtout, quand elle donne le résultat qu'on espérait.

Ceci n'est pas un conseil en investissement. Cet article expose des notions d'analyse technique à titre pédagogique. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et le trading de crypto-actifs comporte un risque de perte totale du capital engagé. Informations légales.

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