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Le gap fill se fait plus souvent par le temps que par le prix

Presque tous les écarts à la moyenne finissent par se refermer. Mais sur 697 épisodes mesurés sur 55 perpétuels Bybit, la majorité se comblent parce que la moyenne rejoint le prix — et dans plus d'un cas sur trois, le prix a continué dans le sens de l'écart.

Publié le 25 septembre 2026  ·  Théorie

Un prix trop éloigné de sa moyenne finit par la retrouver. C'est l'idée du gap fill, et elle est vraie : sur près de trois ans de données, presque tous les écarts se referment. Mais elle cache une confusion qui coûte cher. On lit « l'écart va se combler » comme « le prix va revenir ». Ce n'est pas la même chose, et la différence se mesure.

L'article précédent a posé une unité comparable pour mesurer l'étirement : l'écart à la moyenne divisé par la volatilité propre de l'actif. Il a montré que cet écart ne prédit pas le sens du prochain mouvement. Reste la question qu'il laissait ouverte : quand un écart se referme, qui fait le chemin — le prix, ou la moyenne ?

Deux façons de combler un écart

Un écart entre le prix et sa moyenne mobile peut disparaître de deux manières, que les graphiques confondent facilement.

Les deux se combinent presque toujours, et la part de chacune se calcule exactement. Entre le jour où l'écart s'ouvre et celui où il se referme, sa réduction totale est la somme de deux termes : le chemin parcouru par le prix vers la moyenne, et celui parcouru par la moyenne vers le prix. Il suffit de les comparer.

Le protocole

Mesure sur 55 perpétuels Bybit parmi les soixante plus échangés, jusqu'à 1 000 bougies journalières par contrat — de fin décembre 2023 à septembre 2026 — soit 41 350 observations.

Résultat : 697 épisodes sur 54 contrats, dont 656 refermés dans la période — 387 écarts au-dessus de la moyenne, 310 en dessous.

L'écart se referme, mais pas vite

Le premier constat confirme l'intuition du gap fill : un écart fort finit presque toujours par se combler. Le second la tempère sérieusement.

Refermé en moins deÉcart au-dessusÉcart en dessousTémoin
5 jours9,0 %5,5 %56,9 %
10 jours33,4 %15,8 %—
20 jours63,7 %53,9 %85,4 %
60 jours99,3 %96,1 %—
Délai médian14 jours19 jours4 jours

Le témoin est un jour ordinaire, où le prix n'est qu'à peine écarté de sa moyenne : il la recroise en 4 jours en médiane. Un écart fort met trois à cinq fois plus longtemps. Moins d'un écart sur dix se referme dans la semaine ; la majorité demande deux à trois semaines.

Autrement dit, parier sur un comblement rapide revient à parier contre la statistique. Le comblement est probable, mais il n'est pas imminent.

La moyenne fait plus de chemin que le prix

C'est le cœur de la mesure. Pour chaque écart refermé, on sépare la part du prix et celle de la moyenne :

Écarts refermésAu-dessusEn dessous
Épisodes346310
Refermés surtout par le prix45,4 %32,9 %
Refermés surtout par la moyenne54,6 %67,1 %
À poids égal par contrat, par le prix43,2 %31,8 %
Le prix a continué dans le sens de l'écart38,4 %37,4 %

La majorité des écarts se referment d'abord par le temps. Le prix revient bien un peu, mais c'est la moyenne qui accomplit l'essentiel du trajet. Le résultat ne tient pas à quelques contrats : en donnant le même poids à chacun, les proportions bougent de deux points au plus.

La dernière ligne est la plus parlante. Dans plus d'un cas sur trois, le prix a continué dans le sens de l'écart — plus haut pour un écart au-dessus, plus bas pour un écart en dessous — et l'écart s'est refermé quand même, parce que la moyenne a avancé plus vite que lui. Un trader qui vendait « l'écart va se combler » avait raison sur l'écart, et perdait sur le prix.

Ce que fait le prix pendant ce temps

Pour les écarts au-dessus de la moyenne, le mouvement du prix entre l'ouverture de l'écart et sa fermeture donne deux chiffres qui se contredisent :

C'est exactement le piège relevé dans l'article sur l'étirement : dans cet univers, la moyenne et la médiane d'un même échantillon pointent en sens opposés. Qui ne regarderait que la moyenne conclurait qu'un écart haussier annonce une hausse. Le cas typique dit l'inverse — un recul modéré — et 61,6 % des écarts se referment avec un prix sous son niveau d'ouverture.

Le résultat ne dépend pas du seuil

Le seuil de 4 écarts-types est un choix. Pour vérifier qu'il ne fabrique pas le résultat, la mesure a été refaite avec deux autres seuils :

SeuilSensDélaiPar le prixPrix a continué
80e (3,0)au-dessus12 j48,8 %33,0 %
80e (3,0)en dessous17 j38,6 %35,2 %
90e (4,0)au-dessus14 j45,4 %38,4 %
90e (4,0)en dessous19 j32,9 %37,4 %
95e (4,9)au-dessus18 j33,5 %41,9 %
95e (4,9)en dessous19 j37,9 %31,6 %

Dans les six configurations, la part refermée surtout par le prix reste entre 33 % et 49 % : jamais majoritaire. Et le prix continue dans le sens de l'écart dans environ un cas sur trois, sans exception.

Une nuance, par honnêteté : au seuil de 90 %, les écarts sous la moyenne semblent plus « corrigés par le temps » que les écarts au-dessus. Au seuil de 95 %, l'ordre s'inverse. Cette asymétrie n'est donc pas un résultat : elle dépend du réglage, et il faut s'abstenir d'en tirer une règle.

Sur l'EMA 200, même sens, autre échelle

La même mesure sur l'EMA 200 ne donne que 86 épisodes — trop peu pour des pourcentages fiables. Elle va pourtant dans le même sens : une majorité d'écarts refermés surtout par la moyenne. Ce qui change, c'est l'échelle de temps : un délai médian de 87 jours pour un écart au-dessus, et de 140 jours pour un écart en dessous. Sur les grandes moyennes, le comblement se compte en trimestres.

Ce que le screener affiche

La colonne d'étirement du screener dit à quelle distance le prix se trouve de ses moyennes. À la lumière de cette mesure, un étirement fort se lit ainsi :

C'est une nuance que les graphiques rendent mal. Après coup, on voit l'écart refermé et l'on se souvient d'un « retour à la moyenne ». On oublie qu'une fois sur trois, le prix n'est jamais revenu en arrière.

Ce que cette mesure ne dit pas

Elle ne dit pas où entrer. Elle décrit la façon dont les écarts se referment, pas le point à partir duquel un écart cesse de s'élargir.

Elle ignore aussi ce qui entoure la moyenne. Une moyenne qui coïncide avec un ancien plancher ou un ancien plafond horizontal attire peut-être le prix plus fort qu'une moyenne isolée : c'est la question de la confluence, qui aura son propre article.

Enfin, elle porte sur les contrats les plus échangés disposant d'un historique suffisant. Les listings récents, majoritaires sur Bybit, en sont absents par construction.

Ce qu'elle établit suffit pourtant à changer une lecture courante. « L'écart va se combler » est une prévision sur la moyenne autant que sur le prix — et dans la majorité des cas, c'est surtout la moyenne qui bouge.

Ceci n'est pas un conseil en investissement. Cet article expose des notions d'analyse technique à titre pédagogique. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et le trading de crypto-actifs comporte un risque de perte totale du capital engagé. Informations légales.

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