Le score de force relative du screener, rejoué sur 783 perpétuels Bybit et 130 semaines. Le classement persiste, mais surtout par construction — et les contrats en tête ne battent ensuite l'univers qu'une semaine sur trois. Ce qu'il repère vraiment, c'est l'agitation.
Ce qui monte plus que le reste continue de monter plus que le reste. C'est l'idée du momentum, l'une des plus étudiées de la finance, et c'est celle qui fonde le classement par force relative du screener. Sur les actions, elle a été documentée des dizaines de fois. Sur les perpétuels crypto, on peut la vérifier directement — en rejouant le score du screener semaine après semaine.
Les articles précédents ont montré que le Stochastique RSI déplace l'amplitude sans changer la probabilité d'avoir raison, et que l'étirement est une unité de mesure plutôt qu'un signal. La force relative pose la question la plus directe de toutes : les contrats en tête du classement font-ils mieux ensuite ?
La mesure reproduit exactement le calcul du screener, sans l'arranger :
Une conséquence passe souvent inaperçue. Le score est une moyenne de trois rangs : pour dépasser 80, un contrat doit être en tête sur les trois horizons à la fois. Il ne s'agit donc pas des 20 % les plus forts, mais d'environ 11 % de l'univers.
Le score a été recalculé chaque semaine sur tous les perpétuels USDT de Bybit en cours de cotation, 783 contrats, à partir de leurs bougies journalières clôturées : 130 classements hebdomadaires, du 11 avril 2024 au 1er octobre 2026, portant chacun sur 201 à 738 contrats selon l'époque.
Chaque classement est confronté à ce qui le suit et ne le recoupe pas : le rendement des 7 et 28 jours suivants. Le témoin est la médiane de tout l'univers sur la même période. On compte aussi les semaines gagnantes, celles où la médiane d'une tranche de score fait mieux que celle de l'univers. C'est la mesure la plus proche de l'expérience d'un trader qui suit le classement semaine après semaine.
Le premier chiffre semble donner raison au momentum. Parmi les contrats au score ≥ 80 une semaine, 42,6 % y sont encore la semaine suivante, alors qu'ils ne représentent que 11,1 % de l'univers : près de quatre fois le hasard.
Mais ce chiffre se produit presque tout seul. D'une semaine à l'autre, la fenêtre de 90 jours partage 83 jours avec la précédente, et celle de 30 jours en partage 23. Le score ne peut pas changer beaucoup en sept jours : il est fabriqué pour persister.
Pour isoler la part réelle, il faut une mesure sans recouvrement. Sur la seule performance à 7 jours, qui ne partage aucun jour avec la semaine suivante, le quintile de tête le reste dans 26,1 % des cas, contre 20 % par hasard. Il y a bien une petite persistance à court terme, mais elle est bien plus faible que ce que la stabilité du classement laisse croire.
Le classement est stable. Mais un classement stable ne garantit pas que les contrats du haut continueront de faire mieux. Voici les 28 jours qui suivent chaque classement, sur tout l'univers :
| Score | Médiane | Moyenne | Semaines gagnantes |
|---|---|---|---|
| 80 à 100 | −6,86 % | +1,14 % | 34,1 % |
| 60 à 80 | −5,03 % | −1,40 % | 51,6 % |
| 40 à 60 | −5,14 % | −2,01 % | 66,7 % |
| 20 à 40 | −5,30 % | −0,74 % | 53,2 % |
| 0 à 20 | −6,70 % | +0,23 % | 42,1 % |
| Univers (témoin) | −5,45 % | −0,96 % | — |
Les contrats en tête du classement font moins bien que l'univers dans le cas typique. Leur médiane est inférieure, et ils ne battent l'univers qu'une semaine sur trois. Ce n'est pas l'effet d'une période particulière : la proportion est de 29,2 % sur la première moitié de l'échantillon et de 39,3 % sur la seconde. Ce n'est pas non plus l'effet de quelques contrats : à poids égal par contrat, la médiane de la tranche de tête tombe à −9,18 %.
Sur 7 jours, le constat est le même en plus faible : médiane de −1,74 % contre −1,08 % pour l'univers, et 40,3 % de semaines gagnantes. Dans toutes les tranches, la part de contrats en hausse à 28 jours reste comprise entre 38 et 40 %.
La colonne des moyennes raconte autre chose, et c'est un piège déjà rencontré. La tranche de tête affiche +1,14 % de moyenne pour −6,86 % de médiane. Quelques contrats qui continuent de s'envoler tirent la moyenne vers le haut, pendant que le cas typique recule. Celui qui ne lirait que la moyenne conclurait que le momentum fonctionne.
Les deux extrêmes du classement, le haut et le bas, ont la même signature : une médiane médiocre et une moyenne flatteuse. Cela suggère que le score repère d'abord le mouvement, quel que soit son sens. La volatilité des 30 jours précédant chaque classement le confirme :
| Score | Volatilité journalière | 10 % les pires à 28 j | 10 % les meilleurs à 28 j |
|---|---|---|---|
| 80 à 100 | 6,28 % | −39,7 % | +38,0 % |
| 60 à 80 | 4,88 % | −32,6 % | +26,2 % |
| 40 à 60 | 4,47 % | −31,0 % | +26,3 % |
| 20 à 40 | 4,70 % | −33,3 % | +29,7 % |
| 0 à 20 | 5,62 % | −37,6 % | +37,6 % |
La volatilité forme un U. Les contrats les mieux classés sont 40 % plus agités que ceux du milieu, et les plus mal classés le sont aussi. C'est logique : pour sortir du peloton, dans un sens ou dans l'autre, il faut bouger beaucoup. Un score de 90 sélectionne donc des contrats dont les issues sont plus dispersées. Le dixième le plus favorable gagne 38 % en 28 jours, le dixième le moins favorable en perd 40 %.
L'univers complet comprend des centaines de petits contrats peu échangés, et c'est là que les hausses déjà consommées se paient le plus cher. La même mesure, limitée aux 100 contrats les plus échangés, donne ceci à 28 jours :
| Score | Médiane | Moyenne | Semaines gagnantes |
|---|---|---|---|
| 80 à 100 | −1,83 % | +8,39 % | 50,8 % |
| 60 à 80 | −2,42 % | +1,81 % | 54,8 % |
| 40 à 60 | −2,75 % | +0,76 % | 46,0 % |
| 20 à 40 | −3,18 % | +2,14 % | 46,8 % |
| 0 à 20 | −3,21 % | +7,03 % | 48,4 % |
| Univers (témoin) | −2,70 % | +2,92 % | — |
Ici, la tranche de tête ne fait plus moins bien que les autres. Mais elle ne fait pas mieux non plus, de façon fiable : 50,8 % de semaines gagnantes, soit un tirage à pile ou face. La médiane groupée la place légèrement devant. À poids égal par contrat, l'ordre s'inverse : −0,87 % pour la tête, +1,74 % pour la queue. Quand le résultat change de sens selon la façon de compter, il n'y a pas d'effet à exploiter.
Le U de volatilité, lui, se retrouve à l'identique, et avec lui des moyennes élevées aux deux extrémités : +8,39 % en tête, +7,03 % en queue.
Le score de force relative ne dit pas ce qui va monter. Il dit ce qui bouge. Lu ainsi, il reste utile :
Ce qu'il ne fournit pas, c'est la direction. Pour cela, l'article sur l'alignement des unités de temps a mesuré un écart bien plus net : une bougie quelconque prise quand le journalier et l'hebdomadaire sont favorables rapporte +2,26 % à 7 jours, contre +0,09 % quand aucun ne l'est. Le contexte de tendance fait le travail que l'on prête au classement.
Elle ne porte que sur les contrats encore cotés aujourd'hui. Ceux qui ont été retirés de la cote après s'être effondrés n'y figurent pas, et l'univers paraît donc en meilleure santé qu'il ne l'était. Elle couvre deux ans et demi, soit un seul cycle de marché. Elle mesure enfin le classement tel qu'il est, sans le combiner à rien d'autre.
Elle laisse aussi ouverte une question qui la prolonge : quelle part du mouvement d'un contrat lui appartient vraiment, et quelle part n'est que celle du Bitcoin qui l'entraîne ? Si tout suivait le Bitcoin, classer les actifs entre eux n'aurait aucun sens. Ce sera l'objet de l'article sur la corrélation.
Ce qu'elle établit suffit à corriger une lecture courante. Être en tête du classement est un fait sur le passé, pas une promesse sur l'avenir — et dans l'univers complet, c'est même plutôt un signe que le meilleur est derrière.
Ceci n'est pas un conseil en investissement. Cet article expose des notions d'analyse technique à titre pédagogique. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et le trading de crypto-actifs comporte un risque de perte totale du capital engagé. Informations légales.