Une moyenne mobile qui passe sur un ancien pivot tient-elle mieux ? Sur 4 808 tests de l'EMA 25 et 57 perpétuels Bybit, la confluence ne fait pas tenir le niveau plus souvent. Elle réduit en revanche la profondeur du débordement, dans toutes les configurations testées.
Un niveau est plus solide quand plusieurs raisons de le surveiller se superposent. C'est l'idée de la confluence : une moyenne mobile qui passe exactement sur un ancien plancher ou un ancien plafond vaudrait davantage qu'une moyenne isolée. L'idée est partout, presque toujours illustrée par un graphique bien choisi, et rarement comptée.
L'article sur le comblement de l'écart laissait la question ouverte : une moyenne qui coïncide avec un niveau horizontal attire-t-elle le prix plus fort ? La mesure ci-dessous y répond, et la réponse n'est pas celle qu'on attend. La confluence ne fait pas tenir le niveau plus souvent. Elle change la profondeur du débordement.
Pour compter, il faut que tout soit défini sans jugement, et sans rien emprunter à l'avenir.
Il y a confluence quand un pivot se trouve à moins d'un demi-écart-type de la moyenne. La réaction est observée sur les dix jours suivants : le niveau tient-il (clôture du dixième jour toujours du bon côté), jusqu'où le prix rebondit-il, et jusqu'où déborde-t-il de l'autre côté.
Mesure sur 57 perpétuels Bybit parmi les soixante plus échangés, jusqu'à 1 000 bougies journalières chacun : 4 808 tests de l'EMA 25, dont 2 181 par le haut et 2 627 par le bas.
Le piège est de comparer simplement les tests « avec pivot » et « sans pivot ». Un pivot proche de la moyenne apparaît surtout quand le prix tourne en rond, et dans ce cas la moyenne se comporte autrement de toute façon. On attribuerait alors au niveau un effet qui tient au régime de marché. D'où trois groupes : pivot sur la moyenne, pivot décalé de 0,5 à 3 écarts-types, et pivot loin ou absent. Le groupe décalé sert de témoin : même contexte de marché structuré, sans la coïncidence.
| Tenue à 10 jours | Support | Résistance |
|---|---|---|
| Pivot sur la moyenne | 50,5 % | 58,9 % |
| Pivot décalé | 42,9 % | 58,1 % |
| Pivot loin ou absent | 52,3 % | 59,2 % |
Côté support, la confluence semble aider : 50,5 % de tenue contre 42,9 % avec un pivot décalé. Mais sans pivot du tout, le niveau tient tout aussi souvent (52,3 %). Côté résistance, les trois groupes sont au même niveau, autour de 58 %.
La différence entre support et résistance ne tient pas au niveau. Sur la période mesurée, la majorité des altcoins ont baissé : une résistance tient donc plus souvent qu'un support, quoi qu'il y ait autour.
Le résultat côté support résiste-t-il aux réglages ? Pas vraiment :
| Réglage | Support : sur / décalé | Résistance : sur / décalé |
|---|---|---|
| Pivots sur 5 bougies | 47,6 / 43,7 % | 58,1 / 58,6 % |
| Pivots sur 10 bougies | 50,5 / 42,9 % | 58,9 / 58,1 % |
| Pivots sur 20 bougies | 47,1 / 46,3 % | 61,2 / 57,7 % |
| Horizon de 5 jours | 49,4 / 47,5 % | 62,9 / 55,4 % |
| Horizon de 20 jours | 48,0 / 42,6 % | 60,1 / 61,8 % |
Côté support, la confluence fait toujours au moins aussi bien, mais l'écart va de moins d'un point à près de huit points selon le réglage. Côté résistance, il change de sens d'une ligne à l'autre. Un effet qui dépend à ce point du paramétrage ne permet pas d'affirmer qu'une confluence fait tenir un niveau.
La tenue est une mesure binaire : le niveau a tenu ou non au dixième jour. Elle ne dit rien de ce qui s'est passé entre-temps. L'excursion adverse, elle, mesure jusqu'où le prix est allé au-delà de la moyenne avant de se décider. Ici, le résultat est net :
| Débordement médian, en écarts-types | Sur le niveau | Décalé | Loin |
|---|---|---|---|
| Support, pivots sur 5 bougies | 2,15 | 2,32 | 2,36 |
| Support, pivots sur 10 bougies | 1,91 | 2,35 | 2,25 |
| Support, pivots sur 20 bougies | 1,95 | 2,17 | 2,36 |
| Résistance, pivots sur 5 bougies | 1,84 | 2,06 | — |
| Résistance, pivots sur 10 bougies | 1,77 | 2,03 | 1,96 |
| Résistance, pivots sur 20 bougies | 1,57 | 1,95 | 2,04 |
Dans les six configurations, le débordement est plus faible quand un pivot coïncide avec la moyenne : de 7 à près de 20 % de moins qu'avec un pivot décalé. Le résultat ne tient pas à quelques contrats. En calculant la médiane contrat par contrat, l'écart est de 2,01 contre 2,37 écarts-types côté support, et de 1,67 contre 2,04 côté résistance.
Le rapport entre le rebond et le débordement va dans le même sens : il est meilleur sur le niveau dans toutes les configurations testées, côté support comme côté résistance.
La confluence réduit le débordement typique, pas les cassures franches. La part des tests où le prix va à plus de trois écarts-types au-delà de la moyenne est d'environ un tiers dans tous les groupes : de 32 à 35 % sur le niveau, de 33 à 37 % avec un pivot décalé. Quand un niveau cède vraiment, le fait qu'il coïncide avec un ancien pivot ne change presque rien.
Il faut retenir un dernier chiffre, valable pour tous les groupes. Le débordement médian est proche de deux écarts-types journaliers. Dans la moitié des tests, le prix est donc allé au moins aussi loin de l'autre côté de la moyenne dans les dix jours, y compris quand le niveau a fini par tenir.
La même mesure sur l'EMA 200 donne 1 089 tests, mais 86 % d'entre eux ont un pivot à moins d'un écart-type et demi. Les grandes moyennes évoluent lentement, et les pivots s'accumulent autour d'elles. Il ne reste donc presque aucun test sans niveau voisin pour servir de comparaison. Là où la comparaison est possible, l'écart de tenue est nul côté support (44,8 % contre 44,6 %) et faible côté résistance (53,7 % contre 51,2 %).
Une confluence ne doit pas être lue comme une probabilité plus forte que le niveau tienne. Elle dit autre chose, de plus utile qu'il n'y paraît :
Le screener affiche la position du prix par rapport à ses moyennes. Pour y ajouter un niveau horizontal, il faut le tracer soi-même. Cette mesure indique ce que l'on peut en attendre : une marge d'erreur plus étroite autour du niveau, pas une meilleure chance qu'il tienne.
Un pivot défini sur 5, 10 ou 20 bougies n'est qu'une façon parmi d'autres de tracer un niveau. Un trader qui trace ses supports à la main, en tenant compte des volumes ou des mèches, ne regarde pas exactement les mêmes. La mesure porte sur l'EMA 25 et sur près de trois ans de bougies journalières, un seul cycle de marché.
Elle laisse ouverte la seconde moitié de l'idée de départ : la force d'un niveau viendrait du nombre de raisons indépendantes de le surveiller. Or, sur des perpétuels crypto, les raisons sont rarement indépendantes : la plupart des contrats bougent avec le Bitcoin. Combien de leur mouvement leur appartient vraiment ? Ce sera l'objet de l'article sur la corrélation.
Ce qu'elle établit suffit à corriger une lecture courante. Une confluence ne rend pas un niveau plus fiable, elle le rend plus précis : le prix y déborde moins loin, mais il n'y tient pas plus souvent.
Ceci n'est pas un conseil en investissement. Cet article expose des notions d'analyse technique à titre pédagogique. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et le trading de crypto-actifs comporte un risque de perte totale du capital engagé. Informations légales.