Deux tiers du mouvement d'un altcoin ne doivent rien au Bitcoin. Mais cette indépendance disparaît quand il chute : sur 67 perpétuels Bybit, les alts amplifient ses baisses d'environ moitié, et ne font que suivre ses hausses.
Les deux articles précédents ont buté sur la même question. Celui sur la force relative demandait si classer les contrats entre eux avait un sens, puisqu'ils suivent tous plus ou moins le Bitcoin. Celui sur la confluence rappelait que la force d'un niveau tiendrait au nombre de raisons indépendantes de le surveiller. Les deux renvoient à une même mesure : quelle part du mouvement d'un altcoin lui appartient vraiment, et quelle part n'est que celle du Bitcoin ?
La réponse moyenne est rassurante. La réponse dans les moments qui comptent l'est beaucoup moins.
Mesure sur les 67 perpétuels Bybit qui, parmi les cent plus échangés, disposent d'une année complète d'historique. Pour chacun, on compare ses rendements journaliers à ceux de BTCUSDT, du 20 octobre 2025 au 19 octobre 2026, puis sur tout l'historique disponible, soit près de 1 000 jours.
La corrélation médiane au Bitcoin est de 0,57 sur un an. La moitié des contrats se situe entre 0,44 et 0,64. Le Bitcoin n'explique donc qu'un tiers du mouvement d'un altcoin typique (33 %). Les deux tiers lui sont propres.
| Corrélation au Bitcoin | Contrats | Part |
|---|---|---|
| Inférieure à 0,5 | 25 sur 67 | 37 % |
| Inférieure à 0,6 | 39 sur 67 | 58 % |
| Inférieure à 0,8 | 62 sur 67 | 93 % |
Seuls cinq contrats dépassent 0,8. Ce sont les grandes capitalisations, qui bougent presque comme le Bitcoin : ETH (0,91), SOL (0,87), XRP (0,86), LINK et BNB (0,82). À l'autre bout, plusieurs petits contrats ne lui sont presque pas corrélés, sous 0,15. Leurs hausses et leurs chutes suivent leur propre histoire.
Le bêta médian est de 1,22, et 73 % des contrats ont un bêta supérieur à 1. Un altcoin typique bouge environ un cinquième de plus que le Bitcoin.
Ce chiffre n'est pas une constante. Sur la première moitié de l'année, la corrélation médiane était de 0,65. Sur la seconde, elle tombe à 0,46. Une mesure préliminaire, faite début septembre sur 32 contrats, donnait 0,63. Seuls 44 % des contrats voient leur corrélation varier de moins de 0,15 d'un semestre à l'autre.
La part propre de chaque contrat existe bien, mais elle varie selon les périodes. Une corrélation calculée sur l'année écoulée décrit le passé récent, pas une propriété durable de l'actif.
La corrélation résume toute une année en un chiffre, mais elle mélange des jours très différents. Classer les journées selon le mouvement du Bitcoin donne une autre image :
| Le Bitcoin fait | Jours | Contrats dans le même sens |
|---|---|---|
| −5 % ou pire | 24 | 92,5 % |
| −5 à −2 % | 127 | 87,2 % |
| −2 à +2 % | 686 | 67,7 % |
| +2 à +5 % | 133 | 83,8 % |
| +5 % ou mieux | 28 | 92,1 % |
Les jours calmes, un altcoin sur trois va dans le sens opposé au Bitcoin. C'est là que vit la part propre mesurée plus haut. Les jours de forte baisse, plus de neuf contrats sur dix chutent avec lui. Ce n'est pas l'effet de quelques contrats : à poids égal, un contrat médian baisse 92 % des jours où le Bitcoin perd 5 % ou plus.
L'indépendance des altcoins est donc réelle, mais elle se concentre dans les journées où il ne se passe pas grand-chose.
Le résultat le plus utile tient à l'amplitude, pas à la direction. Le bêta global de 1,22 cache une asymétrie : les altcoins n'amplifient pas le Bitcoin de la même façon selon qu'il monte ou qu'il baisse. Pour la mesurer, on calcule pour chaque contrat un bêta sur les seuls jours de baisse du Bitcoin, puis un autre sur les seuls jours de hausse :
| Fenêtre | Bêta à la baisse | Bêta à la hausse | Contrats plus sensibles à la baisse |
|---|---|---|---|
| Les 365 derniers jours | 1,14 | 0,97 | 70 % |
| 1re moitié de l'année | 1,13 | 1,01 | 64 % |
| 2e moitié de l'année | 1,12 | 0,96 | 61 % |
| Tout l'historique | 1,37 | 0,99 | 87 % |
| 1re moitié de l'historique | 1,41 | 1,05 | 73 % |
| 2e moitié de l'historique | 1,34 | 1,06 | 82 % |
Dans les six fenêtres, le bêta à la baisse dépasse le bêta à la hausse, et c'est le cas pour une large majorité des contrats. Les jours de mouvement marqué, l'écart est plus net encore. Quand le Bitcoin perd au moins 2 %, un contrat médian perd 1,47 fois autant que lui, et 86 % des contrats amplifient la baisse. Quand il gagne au moins 2 %, un contrat médian gagne 1,02 fois autant, et la moitié seulement amplifie la hausse.
Autrement dit, un altcoin typique prend une fois et demie les chutes du Bitcoin, et à peine l'intégralité de ses hausses.
Ce résultat règle la question laissée ouverte par l'article sur la force relative. Avec deux tiers de mouvement propre, classer les altcoins entre eux a un sens : ils ne sont pas de simples copies du Bitcoin.
Mais une part propre importante n'est pas une part prévisible. Le même article a montré que le haut du classement ne fait pas mieux ensuite, de façon fiable. Et cette mesure ajoute une raison : dans les journées où tout se joue, la part propre s'efface, et les contrats chutent ensemble quel que soit leur rang.
Elle porte sur les contrats qui sont aujourd'hui parmi les plus échangés. Ceux qui ont perdu leur liquidité ou ont été retirés de la cote n'y figurent pas, et l'échantillon penche vers les survivants. Elle utilise des rendements journaliers : en séance, les décalages entre le Bitcoin et les altcoins peuvent être plus marqués. Enfin, la corrélation ne mesure qu'un lien linéaire. Deux actifs peuvent être peu corrélés d'un jour à l'autre et chuter ensemble lors d'un krach, ce que montre justement le tableau des journées fortes.
Ce qu'elle établit suffit à corriger une lecture courante. Un altcoin est indépendant du Bitcoin quand cela ne coûte rien, et il l'amplifie quand cela coûte.
Ceci n'est pas un conseil en investissement. Cet article expose des notions d'analyse technique à titre pédagogique. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et le trading de crypto-actifs comporte un risque de perte totale du capital engagé. Informations légales.